Dès sa fondation, le Nouveau-Brunswick adopte le système juridique anglais qui véhicule des attitudes à l’égard de la femme qui sont bornées, pleines d’idées fausses et de préjugés, qui ne laisse que peu de place à la femme en général et encore moins à la femme mariée . Toutes choses qui n’évolueront que très lentement…

Il ne serait cependant pas tout à fait juste de dire que les femmes n’ont pas eu de place dans l’histoire écrite du Nouveau-Brunswick. Elles en eu une, mais celle–ci est loin de refléter toute l’ampleur de leurs contributions et de leurs luttes en tant que groupe.

Acclamées pour leur fécondité, louées pour leur rôle dans la survivance de la race, dans la protection de la religion, de la culture et du foyer, reconnues pour leur travail en tant que religieuses, guérisseuses et sages-femmes, les femmes sont cependant souvent passées sous silence dans les livres d‘histoire de la province. Alors que, pourtant, elles ont fait d’importantes contributions dans de nombreux domaines, depuis l’agriculture jusqu’aux services de santé, en passant par l’éducation et la réforme sociale.

Longtemps tenues à l‘écart du pouvoir, elles ont cependant mené de grandes campagnes pour l’obtention du droit de vote, n’ont pas hésité à défier l’ordre social en portant devant les tribunaux ou sur la scène politique des questions touchant à la situation des femmes, les droits de la personne, se sont battues contre les idées populaires, ou du moins officielles, concernant la place et le rôle des femmes.
LES GRANDES DATES
- 1785 : premières élections au Nouveau-Brunswick : seuls les hommes de race blanche, âgés de 21 ans et plus, ont le droit de vote
- 1787 : des Acadiennes demandent et obtiennent des concessions de terres, seules ou avec d’autres femmes et hommes
- 1787 : Le Nouveau-Brunswick adopte sa première loi visant à réglementer le mariage et le divorce, et punir l’inceste, l’adultère, la fornication
- 1791 : Une loi autorise le divorce en cas de frigidité, d’impuissance, d’adultère et de consanguinité. Pour cela il faut avoir recours à un tribunal composé du gouverneur de la province et de cinq membres du conseil. En soixante-neuf années d’existence, ce tribunal n’autorise que quatre divorces.
Cette loi restera en vigueur jusqu’en 1968, soit 177 ans
- 1795 : un nouveau texte n’exclut plus formellement les femmes, mais interdit de vote les catholiques romains (ce qui touche directement es Acadiens et les Irlandais), les juifs, les personnes de peu de bien, les étrangers
- 1795 : Moll Griff est la première femme bourreau au Nouveau-Brunswick
- 1843 : le droit de vote est accordé à tous les hommes, à l’exception des Améridiens. Mais les femmes se voient toujours refuser ce droit.
- 1848 : Rachel Martin est la première femme admise à l’école normale de Fredericton.
- 1849 : Martha Hamm Lewis est la première femme admise à l’école normale de Saint –Jean. A la condition d’entrer en classe dix minutes avant le début des cours, de s’asseoir à l’arrière de la classe, de la quitter cinq minutes avant la fin, de n’adresser la parole à parole et de porter un voile
- 1851 : on commence, au Nouveau-Brunswick à reconnaître le droit, pour la femme mariée, de posséder des biens séparés
- 1869, la loi permet à la femme séparée de son mari de gérer elle-même ses biens et d’en disposer à sa guise
- 1870 : William H. Nedham dépose un projet de loi accordant le doit de vote aux « femmes célibataires, propriétaires de biens ». Celui-ci est repoussé. (selon la croyance victorienne, les femmes mariées n’ont pas de personnalité juridique et ne font qu’un avec leur mari. En se mariant, elles sont réputées avoir abandonné leurs droits, qui se confondent avec ceux de leurs maris. Alors que la femme célibataire est une penrsonne autonome et, à ce titre, peut jouer d’une bonne partie des droits accordés aux hommes)
- 1872 : le Mount Allison Wesleyan Collège décrète que les femmes peuvent désormais obtenir des diplômes universitaires
- 1873 : fondation à Memramcook de l’un des premiers couvents francophones au Nouveau-Brunswick consacré à ‘léducation des filles francophones
- 1877 : sur 229 étudiants inscrits à l’école normale de Fredericton seuls deux sont francophones, dont une femme.
- 1885 : A.G.Blair propose l’attribution du droit de vote aux femmes célibataires et aux veuves, de même qu’aux locataires, aux fils de fermiers et aux occupants de biens immobiliers. Le projet de loi est adopté mais bloqué par le Conseil législatif.
- 1886 : les femmes propriétaires non mariées obtiennent le droit de vote, mais uniquement aux élections municipales
- 1886 : l’université du Nouveau-Brunswick ouvre ses portes aux femmes
- 1888 : l’Hôpital général de Saint-Jean commence à former des infirmières
- 1888 : Un nouveau projet de loi accordant le droit de vote aux femmes propriétaires non mariées est rejeté
- 1889 : La loi accorde le suffrage universel aux hommes. Mais elle le refuse aux femmes, sous prétexte qu’elles ne sont pas des citoyennes à part entière (un citoyen à part entière, à cette époque, est une personne qui peut, au besoin, servir dans l’armée, prêter main-forte à la police, faire partie d’un jury, ou remplir des fonctions publiques)
- 1890 : alors que des politiciens soutiennent que la place des femmes est à la maison à s’occuper des enfants, plus de 11 % des femmes de 10 ans et plus travaillent déjà.
- 1894 : une résolution visant à donner aux femmes le droit de voter aux élections provinciales, appuyée par une pétition contenant 10 000 signatures, est rejetée
- 1895 : pour la première fois un journal, « L’Evangéline », publie la lettre d’une Acadienne réclamant le droit de vote.
- 1895 : la « loi sur les biens de la femme mariée » donne à la femme mariée la gestion complète de ses biens, au même titre que si elle était célibataire
- 1896 : une loi stipule la nomination de deux femmes au sein de chaque commission scolaire
- 1897 : nouveau rejet d’un projet de loi accordant le droit de vote aux femmes non mariées
- 1902 : une rupture entre les organisations féminines affaiblit temporairement le mouvement en faveur du droit de vote des femmes
- 1905 : la « loi sur les manufactures » interdit l’embauchage de filles de moins de 18 ans dans les usines jugées dangereuses ou malsaines. Elle stipule également que les femmes ne doivent pas travailler pus cde 10 heures par jour, ni plus de 60 heures par semaine.
- 1906 : Mabel Penery French devient la première femme avocate au Nouveau-Brunswick
- 1908 : nouveau rejet d’un projet de loi accordant le droit de vote aux femmes non mariées
- 1912 : nouveau rejet d’un projet de loi accordant le droit de vote aux femmes non mariées. Cependant, le clergé protestant commence à appuyer ouvertement le suffrage des femmes
- 1913 : l ‘Assemblée rejette une nouvelle fois d’un projet de loi accordant le droit de vote aux femmes non mariées, malgré de nombreuses pétitions.
- 1915 : pour la première fois, l’Assemblée législative reconnaît que les femmes mariées peuvent exprimer une opinion politique sans causer « la dislocation de la famille et l’effondrement de la société »
- 1916/ un règlement exige que des chaises soient mises à la disposition des jeunes filles et des femmes travaillant en usine.
- 1917 : alors que toutes les provinces à l’ouest du Québec ont déjà accordé aux femmes le droit de voter aux élections provinciales, que la Nouvelle Ecosse s’apprête à faire de même, que le gouvernement fédéral est sur le point de permettre aux femmes de voter aux élections fédérales, l’Assemblée du Nouveau-Brunswick vote à nouveau contre.
- 1919 : le 15 avril, après presque un demi-siècle de débats, les législateurs du Nouveau-Brunswick accordent aux femmes le droit de voter aux élections provinciales. A condition qu’elles soient propriétaires.
- 1920 : les femmes enseignantes obtiennent le même salaire que les hommes
- 1921 : les législateurs adoptent une loi qui donne à toutes les femmes les mêmes droits que les hommes aux élections municipales.
- 1923 : Marguerite Michaud est la première femme francophone du Nouveau-Brunswick à obtenir un baccalauréat es arts.
- 1925 : les femmes mariées à des contribuables ont le droit de voter aux élections scolaires rurales et de devenir commissaires d’école dans les régions rurales
- 1930 : loi sur les allocations aux mères nécessiteuses qui assure une aide financière aux mères veuves ou aux femmes invalides incapables d’élever un enfant à charge. Les mères célibataires et les mères qui ont quitté le foyer conjugal ou qui ont été abandonnées par leur mari ne sont pas visées par cette loi
- 1930 : loi imposant un salaire minimum pour les femmes (mais il reste oinférieur à celui des hommes)
- 1934 : les femmes obtiennent le droit de se présenter aux élections provinciales
- 1935 : Frances Fish est la première femme à se présenter aux élections provinciales
- 1935 : Muriel Fergusson est la première femme magistrate
- 1943 : les femmes francophones ont accès pour la première fois à un programme universitaire en français ouvrant droit à un diplôme
- 1943 : la loi limite la durée de travail des employées de moins de 18 ans à 9 heures par jour.
- 1946 : Une loi permet enfin aux femmes qui ne sont pas propriétaires de voter aux élections municipales
- 1947 : Frances Fish est la prelière femme juge de paix adjoointe
- 1948 : Edna Steel est la première femme élue conseillère municipale ; Gladys West est la deuxième femme à se présenter aux élections provinciales
- 1953 : Muriel Fergusson est la première femme des provinces de l’Atlantique à être nommée au Sénat
- 1953 : Camille Robichaud est la première femme francophone admise au barreau du Noiveau-Brunswick
- 1962 : Bernadette Zigante devient la première femme agente de police
- 1963 : les Amérindiennes et les Amérindiens vivant dans des réserves ont enfon le droit de voter aux élections provinciales
- 1964 : Margaret Rideout est élue au parlement fédéral
- 1965 : loi imposant le même salaire minimum pour les femmes et pour les hommes
- 1967 : Brenda Robertson est la première femme élue à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick
- 1967 : Marion Upton est la première femme élue maire
- 1967 : pour la première fois la fonction publique du Nouveau-Brunswick compte dans ses rangs des femmes mariées
- 1968 : « Loi sur le divorce » qui augmente le nombre des motifs reconnus pour divorcer.
- Elle donne également à la femme mariée le droit d’avoir un domicile distinct de son mari aux fins de divorce
- 1970 : Brenda Robertson est la première femme à devenir ministre au Nouveau-Brunswick
- 1971 : loi interdisant toute forme de discrimination fondée sur le sexe
- 1974 : Sheila Sullivan est la première femme à rejoindre la gendarmerie royale du Canada
- 1979 : Louise Blanchard est la première femme à être élue à la tête d’un parti politique au Nouveau-Brunswick
- (Source: « NOUS, LES SOUSSIGNÉES » PAR ELSPETH TULLOCH (1985)
